La nuit tombe, le jardin se tait, puis un long « hou » grave monte d’un grand arbre. Quelques secondes plus tard, un cri sec lui répond. Si vous avez entendu cette scène en octobre, il y a de fortes chances que vous ayez la visite d’une chouette hulotte (Strix aluco), le rapace nocturne le plus répandu dans nos campagnes et nos parcs.
Reconnaître la chouette hulotte à son chant en automne
Bonne nouvelle : la hulotte est facile à identifier à l’oreille, parce qu’elle fonctionne en duo. Le mâle et la femelle ne produisent pas le même son, et c’est la combinaison des deux qui trahit l’espèce. Tendez l’oreille dans la demi-heure qui suit le coucher du soleil, quand le crépuscule laisse place à la nuit.
Le « hou-hou » du mâle
Le mâle émet le hululement classique. Il commence par un « hou » long et posé, suivi d’une courte pause. Viennent ensuite un « hu » bref, puis une série vibrante qui s’étire et s’éteint en tremblant, un peu comme « houuu… hu… houhouhouhouuuou ».
La phrase complète dure environ quatre ou cinq secondes. Elle revient à intervalles irréguliers, parfois plusieurs fois par minute. Le son porte loin dans le silence d’une soirée d’automne, et on le perçoit souvent à plusieurs centaines de mètres.
Le « kiewick » de la femelle
La femelle, elle, lance un cri net et plus aigu, transcrit « kiewick » ou « ke-wik ». C’est un son sec, presque aboyé, qui n’a rien de rond ni de doux. Il sert souvent de réponse au chant du mâle.
Quand vous entendez un « hou-hou » suivi d’un « kiewick » depuis deux arbres voisins, vous tenez votre réponse : un couple de hulottes est en train de se parler. Les deux sexes peuvent d’ailleurs émettre le cri sec, mais seul le mâle déroule le grand hululement tremblé.
Idée reçue : « un seul oiseau fait hou-hou puis kiewick »
Dans les films, un même hibou enchaîne les deux sons. En réalité, ce sont souvent deux oiseaux. Si les sons viennent de deux directions différentes, c’est la preuve d’un couple installé, pas d’un individu de passage.
Pourquoi la hulotte chante-t-elle en automne ?
On associe volontiers le chant des oiseaux au printemps, mais la hulotte fait exception. Cette chouette est sédentaire : un couple reste fidèle à son territoire toute l’année, souvent toute sa vie. À l’automne, la saison est justement celle où les frontières se rejouent.
Les jeunes nés au printemps quittent alors le secteur de leurs parents et cherchent un coin à eux. Les adultes redoublent de chant pour signaler que la place est prise, et les jeunes tentent de s’installer ailleurs. Dans un jardin arboré, cela peut donner des nuits très bruyantes entre septembre et novembre, et notre article sur la chouette entendue en septembre explique ce que ces cris signifient.
Le chant sert aussi à entretenir le lien du couple. Il reprend de plus belle en fin d’hiver, avant la ponte qui a lieu au début du printemps. Si vous l’entendez en octobre, ce n’est donc pas une anomalie : c’est le moment où la hulotte est la plus démonstrative.
Son activité ne se limite pas au chant. La chouette chasse à l’affût, perchée, et attrape surtout des rongeurs, mais aussi des petits oiseaux ou des amphibiens. Elle apprécie les arbres creux et les vieux troncs pour nicher, d’où sa présence dans les forêts, les parcs, les vergers et les grands jardins.
Ne pas la confondre avec les autres rapaces nocturnes

Le hululement n’appartient pas qu’à la hulotte. Plusieurs espèces nocturnes fréquentent les mêmes lieux, et leurs voix sont assez différentes pour qu’on les départage avec un peu d’attention. Le plus simple est de se fier au rythme et à la tonalité.
| Espèce | Son typique | Indice pour la distinguer |
|---|---|---|
| Chouette hulotte | « Hou… hu… houhouhouhou » et « kiewick » | Phrase tremblée et dialogue mâle-femelle |
| Chouette chevêche | « Kiou » plaintif, court, répété | Petite taille, vergers et prairies, parfois en plein jour |
| Hibou moyen-duc | « Hou » grave, monotone, toutes les deux ou trois secondes | Pas de phrase ni de trémolo, aigrettes visibles de près |
| Effraie des clochers | Long chuintement rauque, sans hululement | Plumage blanc, vol silencieux, bâtiments et clochers |
Le piège classique concerne la chevêche. Son « kiou » ressemble un peu au cri de la femelle hulotte, mais il est plus doux, plus plaintif et répété en séries. La chevêche est aussi bien plus petite, de la taille d’un merle un peu trapu.
Le hibou moyen-duc, lui, chante surtout en fin d’hiver. Son « hou » unique et régulier n’a pas la mélodie compliquée de la hulotte. Quant à l’effraie, elle ne hulule pas du tout : elle crie un long souffle rauque qu’on prend parfois pour une voix humaine.
Repérer sa présence dans le jardin au crépuscule
Pour confirmer l’identification, ne comptez pas sur la vue. La hulotte est discrète, sans aigrettes, avec une grosse tête ronde, des yeux sombres et un plumage brun-roux ou gris qui se fond dans l’écorce. Mieux vaut s’équiper de patience et de silence.
Installez-vous dehors à la tombée de la nuit, par temps calme et sec. La pluie et le vent masquent le chant et découragent l’oiseau. Évitez de prendre une lampe torche : la lumière dérange la chouette et peut la faire fuir. Quelques soirées d’écoute suffisent souvent pour repérer l’arbre favori du mâle.
Le lendemain, cherchez les traces laissées au pied des grands arbres, des cabanes et des perchoirs réguliers. Les plus parlantes sont les pelotes de réjection, ces boulettes grises de trois à quatre centimètres que la chouette recrache après avoir digéré ses proies. Si vous les ouvrez, vous y trouverez des poils et de minuscules os de souris ou de campagnols.
Les fientes complètent le tableau. Ce sont des coulées blanchâtres, souvent étalées sur l’écorce ou sur le sol sous le perchoir. Pelotes et fientes au même endroit, plus un duo entendu à la nuit tombée : le diagnostic est quasi certain.
Si vous souhaitez l’encourager à rester, gardez un ou deux vieux arbres, tolérez un peu de lierre et évitez les produits contre les rongeurs, qui empoisonnent les chouettes en bout de chaîne. Un nichoir à large ouverture, posé en hauteur, peut aussi l’aider à s’installer. La hulotte vous le rendra : un couple peut consommer une quantité considérable de campagnols et de mulots chaque année.
Alors, la prochaine fois que le jardin résonne d’un « hou-hou » tremblé suivi d’un « kiewick » sec, restez immobile et écoutez. Vous assistez à un échange de voisinage qui dure depuis des années.





