Une fois, c’est une chance. Deux fois en un peu plus d’un an, ça ressemble presque à un rendez-vous. Dans la Marne, le photographe animalier Marc Bérat vient de recroiser un chevreuil blanc, à quelques kilomètres de Montmirail, mais cette fois dans un autre secteur.
Une deuxième rencontre avec un chevreuil leucique près de Montmirail
La première observation remonte à septembre de l’an dernier. Le photographe avait alors immortalisé un petit chevrillard mâle au pelage immaculé. Ce mois d’octobre, c’est une chevrette de l’année, née au printemps, qui s’est présentée devant son objectif. Même robe claire, mêmes caractéristiques : il s’agit bien d’un chevreuil leucique.
L’intéressé n’en revient toujours pas. Il confie : « Jamais, je n’aurais pu imaginer revivre l’expérience d’une nouvelle rencontre avec un chevreuil leucique, juste un an après la première. » Ce deuxième faon blanc ne vit pas au même endroit que le premier, et ses parents ne sont pas les mêmes. Impossible, donc, de parler d’une seule famille qui referait parler d’elle.
L’histoire de la chevrette : trois heures d’affût pour une image rare
La chevrette n’était pas seule. Elle évoluait avec son frère, nettement plus imposant, et sa mère rôdait non loin. Pour Marc Bérat, croiser « un si rare et si joli animal deux années consécutives » reste un privilège.
La photo ne doit rien au hasard. Le photographe raconte trois semaines d’attente avant ce moment, et une dernière soirée de presque trois heures d’affût face à une plaine désespérément vide. La pénombre tombait, il se résignait à partir bredouille.
Puis tout s’est enchaîné. Un premier chevreuil est passé sous les fils barbelés à une trentaine de mètres, puis un deuxième, et enfin la petite chevrette blanche, qui fermait la marche. Le photographe résume : « J’ai eu l’image que j’avais en tête et bien plus encore. » Dans la photographie animalière, ce genre de scène se gagne à la patience, à l’image d’une sortie ornithologique pour observer les migrateurs.
Leucisme ou albinisme : ce qui rend ce chevreuil si particulier

Un chevreuil blanc comme la neige fait tout de suite penser à un albinos. C’est pourtant une erreur fréquente. Marc Bérat l’avait déjà expliqué lors de la première rencontre : l’animal est leucique, et non albinos.
Pupilles, museau, sabots : le test pour ne plus confondre
Un animal leucique garde des pupilles noires, ainsi que le bout du museau et les sabots noirs. Un albinos, lui, présente une dépigmentation totale. C’est ce détail qui permet de trancher sur une photo.
Le leucisme est une curiosité génétique, pas une maladie. Le photographe insiste : elle « n’est en rien une dégénérescence ». Elle touche un animal sur plusieurs milliers, ce qui en fait une vraie rareté. Voir un deuxième chevreuil blanc dans le Sud-Ouest marnais en l’espace d’un an rend l’événement encore plus exceptionnel.
Pourquoi ces chevreuils blancs se multiplient-ils dans le secteur ?
La question vient forcément. Marc Bérat est un spécialiste de la photographie animalière dans le Sud-Ouest marnais, pas un biologiste, et il le précise lui-même. Il propose donc une piste, sans l’affirmer comme une certitude.
Première hypothèse écartée : celle d’une même lignée. Les parents du faon de cette année ne sont pas ceux de l’an dernier, et la distance entre les deux observations exclut cette explication. Reste la génétique. Le leucisme passe par un gène récessif : les deux parents doivent en être porteurs pour que leur petit puisse présenter cette robe. Même dans ce cas, ce n’est pas automatique.
Le photographe imagine alors une dissémination du gène à travers le département. Plus d’animaux porteurs dans le secteur, donc plus de chances de voir naître un chevreuil blanc. Il garde toutefois les pieds sur terre : il faut « une sacrée combinaison de facteurs » pour qu’un animal leucique voie le jour.
Ce que cette seconde observation change (et ne change pas)
Deux chevreuils blancs en un an ne prouvent pas que le phénomène devient banal. Ils montrent plutôt que le gène circule dans la population locale, sans qu’on puisse chiffrer son ampleur. Pour les amateurs de nature, la leçon est ailleurs : la faune de la Marne réserve encore des surprises à qui sait attendre.
Marc Bérat, lui, a eu l’image qu’il espérait. Quant à la chevrette, elle poursuit sa première saison avec sa mère et son frère, dans une plaine où sa robe claire se repère de loin. Reste à savoir si un troisième chevreuil blanc viendra, un jour, compléter la série.





