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Le blaireau engraisse avant l’hiver et fouille les prairies la nuit, les indices qui trahissent son terrier

Blaireau gris museau colle au sol dans une prairie

Vous avez découvert ce matin une prairie parsemée de petits trous et de mottes arrachées, comme si quelqu’un l’avait grattée à la main pendant la nuit. À l’automne, le coupable est très souvent le même : le blaireau. Reste à confirmer que c’est bien lui, et à savoir où il se cache.

Les indices qui trahissent un terrier de blaireau

Le blaireau européen (Meles meles) est un mustélidé trapu, gris, au masque noir et blanc. Il vit dans un terrier collectif que l’on appelle le sett, souvent installé en lisière de bois, dans un talus ou sous une haie. Un seul sett peut compter des dizaines de mètres de galeries et plusieurs entrées de terrier, et il sert à des générations d’animaux.

Plusieurs signes se combinent quand il est occupé. Une seule trace ne suffit pas, c’est leur association qui permet de conclure.

  • Des entrées de terrier larges (20 à 30 cm), plus larges que hautes, avec une forme ovale ou en demi-lune.
  • Des déblais de terre et de cailloux étalés en éventail devant le trou, parfois sur plusieurs mètres.
  • Des sentiers bien marqués, lisses, qui partent du terrier vers la prairie ou le point d’eau.
  • De la litière (herbe sèche, fougères, feuilles) traînée à reculons vers l’entrée, preuve que l’animal renouvelle son lit.
  • Des latrines : de petites fosses de quelques centimètres de profondeur, remplies de crottes, creusées à proximité du terrier ou en limite de territoire.
  • Des poils gris et rêches accrochés aux racines, aux grillages ou aux barbelés.

Les empreintes, elles, se lisent bien dans la boue ou la terre meuble (voir aussi comment identifier une empreinte d’animal). Le blaireau pose toute la plante du pied : on voit cinq doigts alignés, un large coussinet et, surtout à l’avant, de longues griffes bien visibles. Des griffures sur les troncs voisins ou sur les talus complètent le tableau.

Blaireau, renard, lapin, ragondin ou sanglier ?

Plusieurs animaux creusent ou retournent le sol. Ce tableau aide à trancher sur le terrain.

Animal Entrée ou trace de creusement Autres indices
Blaireau Grande entrée ovale, déblais en éventail, petits trous coniques dans la prairie Latrines, sentiers, empreintes à cinq doigts et griffes
Renard Entrée plus petite et plus ronde, souvent réutilisée d’un terrier existant Odeur forte, restes de proies, quatre doigts à l’empreinte
Lapin de garenne Nombreux petits trous de 10 à 15 cm Crottes rondes en tas, herbe rase autour
Ragondin Galeries dans les berges, à proximité de l’eau Végétation coupée en biseau, crottes allongées
Sanglier Surfaces labourées, mottes énormes, pas de terrier Traces de sabots, souilles de boue

Les fouilles nocturnes dans la prairie : comment les reconnaître

Le blaireau mène une vie nocturne, voire crépusculaire. Il sort du terrier à la tombée du jour et rentre avant l’aube, ce qui explique que l’on ne le voit presque jamais. On découvre surtout ses traces au petit matin.

Dans une prairie, sa signature est un gazon retourné par plaques, parsemé de petits trous en forme de cône, de 5 à 10 cm de profondeur. Il les creuse avec le museau et les griffes pour attraper des vers de terre, des larves de hannetons ou de tipules et d’autres insectes. Contrairement au sanglier, il laisse un sol grêlé plutôt qu’un champ labouré.

Les fouilles se concentrent dans les herbages humides, après la pluie, quand les vers de terre remontent près de la surface. Un même secteur peut être visité plusieurs nuits d’affilée. Si les traces s’alignent depuis une haie ou un talus, vous tenez probablement la direction du terrier.

Le test des petits cônes et des latrines

Des trous coniques dans l’herbe peuvent venir d’un corbeau ou d’un sanglier. Si vous trouvez en plus une petite fosse de crottes près d’une haie, le doute disparaît : c’est un blaireau. Aucun autre animal de nos campagnes ne creuse de latrines de ce type.

Pourquoi le blaireau engraisse avant l’hiver

Mammifere gris fouillant la terre humide sous les feuilles

À l’automne, le blaireau entre en phase d’hyperphagie : il mange beaucoup plus que d’habitude pour constituer ses réserves de graisse. L’animal est omnivore et profite de tout ce qui se présente. Les vers de terre dominent son menu, avec des centaines d’individus avalés en une nuit, mais il ajoute des larves, des insectes, des fruits tombés, des glands, des châtaignes et parfois du maïs.

Ces réserves lui servent pendant l’hiver (pour un autre mammifère, voir comment la marmotte prépare son hibernation). Le blaireau ne hiberne pas vraiment : il connaît une torpeur hivernale, un sommeil prolongé entrecoupé de sorties quand le temps est doux. Un animal bien gras en novembre passe la saison froide sans trop souffrir, et les femelles gestantes en ont particulièrement besoin pour la suite de la reproduction.

Cette période explique pourquoi les fouilles sont plus visibles entre septembre et novembre. Passé les premiers gels, le sol durcit, les vers s’enfoncent et l’activité en surface diminue nettement. Vous ne reverrez ses traces qu’au printemps.

Protéger sa prairie et cohabiter avec le blaireau

Avant de songer à intervenir, gardez en tête que le blaireau rend aussi service. Il aère le sol, limite certains insectes ravageurs et sa présence témoigne d’une prairie vivante. Les dégâts restent en général superficiels et localisés, même s’ils agacent quand le pré sert de fourrage ou de terrain de jeu.

Côté réglementation, le sujet est sensible. Le blaireau est chassable dans certains cadres (notamment la vénerie sous terre), mais sa gestion est strictement encadrée et la destruction ou le comblement d’un terrier peut être sanctionné. Ne bouchez jamais un sett de votre propre initiative, surtout au printemps quand des jeunes peuvent s’y trouver. Renseignez-vous d’abord auprès de la direction départementale des territoires, de la fédération de chasse ou de l’Office français de la biodiversité.

Si les dégâts deviennent trop lourds, il existe des solutions douces :

  • poser une clôture électrique basse, avec un fil à 20 cm du sol, autour de la zone sensible ;
  • enterrer un grillage sur 30 à 40 cm de profondeur le long des cultures fragiles ;
  • ramasser les fruits tombés et les glands à proximité si vous voulez réduire l’attrait du secteur.

Un conseil de terrain pour finir : notez la date, la forme des entrées et la présence de latrines, puis prenez quelques photos. Ces éléments facilitent l’identification et seront utiles si vous devez solliciter un avis officiel. Dans la majorité des cas, le blaireau se contente de passer une saison dans la prairie, avant de retourner à sa torpeur hivernale.

Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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