Vous poussez la porte du cabanon pour ranger la tondeuse et, dans un coin du plafond, une tache sombre vous intrigue. Ce n’est ni une feuille morte ni un bout de tissu. C’est peut-être un paon du jour (Aglais io), un papillon de jour qui a choisi votre abri pour traverser la saison froide.
La réponse tient en quelques lignes. C’est l’adulte qui hiberne, seul, immobile, les ailes repliées, souvent accroché à une paroi ou suspendu à une poutre dans un lieu sombre et sec. Si vous en croisez un, il suffit de ne pas le toucher, de ne pas le déplacer et de reporter le grand rangement. Le reste de cet article vous explique comment le repérer et le laisser dormir tranquille.
Où le paon du jour passe-t-il l’hiver ?
Dès la fin de l’été, le paon du jour cesse de butiner à tout-va et cherche une cachette. Il lui faut un endroit à l’abri de la pluie, du vent et des grands écarts de température, mais qui reste frais. Un grenier non chauffé, une cave, un garage, un tas de bois de chauffage, un creux d’arbre ou une cavité dans un mur lui conviennent très bien, tout comme les gîte d’hiver des chauves-souris.
Le cabanon de jardin coche presque toutes les cases : il est sombre, sec, peu fréquenté en hiver et rarement chauffé. Le papillon s’y glisse par une fente sous la porte, un trou dans une planche ou une fenêtre mal jointe. Il entre généralement entre septembre et octobre, puis ne bouge plus jusqu’au retour des beaux jours.
Cette hibernation, ou repos hivernal, n’est pas un sommeil profond au sens strict. Le papillon ralentit son métabolisme, vit sur ses réserves de graisse accumulées grâce au nectar de l’été et attend que la température remonte. Il supporte bien le froid tant qu’il reste au sec, mais l’humidité et les variations brutales lui sont fatales.
Comment reconnaître un adulte en hibernation ?
Ailes fermées, le paon du jour paraît terne : le dessous de ses ailes est brun très sombre, presque noir, avec des stries fines. Il ressemble alors à un morceau d’écorce ou à une feuille sèche, ce qui constitue son camouflage hivernal. Si vous l’apercevez ailes ouvertes, le doute disparaît : le rouge vif et les quatre grands ocelles bleus et jaunes, qui rappellent des yeux, sont uniques.
Pour le trouver, scrutez les angles du plafond, les poutres, le dessus des étagères, les replis de bâches et les plis des vieux rideaux. Il reste parfaitement immobile, parfois pendant des semaines. Un papillon qui bat des ailes en plein mois de janvier près d’une ampoule n’hiberne plus : il a été réveillé trop tôt.
Une réaction de défense peut vous surprendre. Dérangé, le paon du jour ouvre brusquement les ailes pour dévoiler ses ocelles et frotte ses ailes l’une contre l’autre, ce qui produit un sifflement. Ce petit numéro sert à effrayer les prédateurs, mais il coûte beaucoup d’énergie à un insecte qui n’a plus de quoi manger avant le printemps.
Chenille ou adulte : la confusion à éviter
Ce n’est pas la chenille qui passe l’hiver. Les chenilles noires et épineuses, parsemées de points blancs, vivent sur les orties durant le printemps et l’été, puis se transforment en chrysalide. Le papillon qui hiberne dans votre cabanon est l’adulte né à la fin de l’été.
Comment l’accueillir sans le déranger ?

Le meilleur accueil consiste à ne presque rien faire. Le paon du jour n’a besoin ni de nourriture, ni d’eau, ni de chaleur. Ce qui menace son hivernage, c’est le bruit, les vibrations, le gel direct sur ses ailes ou un réveil provoqué par un local réchauffé. Voici les bons réflexes :
- Ne le touchez pas et ne le déplacez pas, sauf danger immédiat.
- Ne chauffez pas le cabanon et n’y installez pas de radiateur soufflant.
- Laissez une zone sombre et sèche, sans y entreposer de produits qui dégagent des vapeurs.
- Reportez le ménage, le tri et les gros travaux à la fin mars ou en avril.
- Gardez un accès : une fente ou une porte légèrement entrouverte ne suffit pas, mais ne bouchez pas les petits passages existants.
Si vous trouvez un papillon dans une pièce chauffée de la maison, il croira que le printemps est arrivé et s’agitera contre les vitres. Il n’aura aucune chance de trouver du nectar en plein hiver et s’épuisera. Mieux vaut le saisir doucement dans un récipient aéré et le déposer dans un endroit non chauffé, frais et sombre, comme un garage ou une cave.
Si le papillon est tombé au sol, laissez-le se remettre quelques minutes sur un support sec. Ne le mettez surtout pas dehors par grand froid, ni au réfrigérateur : cette pratique, parfois conseillée à tort, l’expose à l’humidité et aux variations de température.
Son cycle de vie et son réveil au printemps
Le paon du jour est un papillon de jour qui passe par quatre stades : l’œuf, la chenille, la chrysalide puis l’adulte. Dans la plupart des régions, une seule génération naît par an. Les papillons éclosent en été, butinent pour constituer leurs réserves, hibernent, puis vivent jusqu’au printemps suivant, ce qui représente près d’un an d’existence, une longévité remarquable pour un papillon.
Le réveil printanier se déclenche quand l’air se réchauffe, généralement entre mars et avril. Le papillon sort alors de sa cachette, se réchauffe au soleil et cherche du nectar sur les premières fleurs : saules, pissenlits, primevères. Les mâles défendent ensuite un territoire, les femelles pondent leurs œufs en paquets sous les feuilles d’ortie.
Si votre cabanon est pourvu d’une petite ouverture, vous verrez peut-être le papillon s’envoler un matin doux. Le laisser partir à son rythme est le plus beau geste que vous puissiez faire. Vous pourrez alors faire le ménage en toute tranquillité.
Aménager son jardin : ortie, menaces et refuges

Un jardin accueillant pour le paon du jour commence par l’ortie dioïque (Urtica dioica), la plante hôte de ses chenilles. Sans elle, pas de génération suivante. Réservez un coin ensoleillé ou mi-ombragé pour quelques pieds d’ortie, que vous ne tondrez pas avant la fin de l’été. Les chenilles vivent en groupe dans de petits filets de soie, faciles à repérer.
Pour nourrir les adultes, plantez des fleurs riches en nectar qui s’étalent du printemps à l’automne : buddleia, sedum, lavande, aster, eupatoire. Ce sont aussi des plantes précieuses pour les autres pollinisateurs. En évitant les pesticides, notamment les insecticides et certains désherbants, vous protégez à la fois les chenilles et les papillons.
Côté refuges, laissez un tas de bois ou de branches dans un coin tranquille, gardez une vieille cabane ou un abri à bois non étanchéifié à l’excès, et résistez à l’envie de tout nettoyer à l’automne. Un jardin un peu désordonné offre au paon du jour ce que les espaces trop propres lui refusent : un lieu sombre, sec et à l’abri du gel.
Le bon réflexe avant de ranger le cabanon
Avant de déplacer des caisses ou de passer l’aspirateur, jetez un œil aux plafonds, aux poutres et aux recoins. Si un papillon est là, notez l’endroit, évitez cette zone jusqu’au printemps et travaillez ailleurs.
Un abri de jardin, c’est un peu de place pour vos outils. Pour un paon du jour, c’est parfois ce qui sépare un hiver réussi d’un échec. Un coup d’œil attentif et un peu de patience suffisent pour lui donner sa chance.






