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Les grues cendrées traversent la France en ce moment, où et quand guetter leurs grands V dans le ciel

Oiseaux gris en V survolant un champ de chaume

Vous entendez un bruit étrange, très haut, comme une corne de brume lointaine. Vous levez la tête : une longue ligne de silhouettes grises file vers le sud-ouest. Si cela vous arrive ces jours-ci, vous venez de croiser la grue cendrée, et vous n’avez qu’une courte fenêtre pour la revoir avant qu’elle ne soit installée loin d’ici.

Quand observer les grues cendrées en France en ce moment

Nous sommes le 20 octobre : le passage migratoire est lancé. Les premières bandes arrivent dès la fin septembre, mais la période la plus dense s’étire de la fin octobre à la mi-novembre. Après, les effectifs de passage diminuent, même si des groupes continuent de filer jusqu’en décembre.

Ces dates bougent d’une année sur l’autre. Un vent de nord-est soutenu et un ciel dégagé déclenchent de grosses vagues de départ. Une météo douce ou un vent contraire, au contraire, retardent tout. Les relevés de la LPO et des réserves naturelles donnent un état du passage presque en direct.

Période Ce qui se passe
Fin septembre à octobre Premiers vols, la migration monte en puissance
Fin octobre à mi-novembre Pic du passage, forte présence au lac du Der
Décembre à janvier Hivernage dans le Sud-Ouest (Landes, Gironde) et en Espagne
Février à mars Voyage retour vers le nord, avec un pic en février-mars

Où les voir : le lac du Der et les autres sites d’observation

Le lac du Der, en Champagne, est la halte migratoire de référence. À l’automne, plusieurs dizaines de milliers d’oiseaux s’y posent pour se nourrir et se reposer. Les rives et les observatoires aménagés permettent de les voir sans s’approcher.

Mais pas besoin d’aller si loin pour avoir sa chance. Le couloir de migration est large et traverse la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne, le Centre, puis le Limousin et l’Aquitaine. Les lacs de la forêt d’Orient, dans l’Aube, accueillent aussi des groupes. Plus au sud-ouest, la réserve d’Arjuzanx, dans les Landes, et le littoral girondin voient arriver les oiseaux qui font de l’hivernage en France.

Un conseil : cherchez les grandes plaines ouvertes, les étangs et les champs de maïs fraîchement récoltés. Un groupe en vol bas qui descend vers un champ est souvent en train de chercher un endroit où manger ou passer la nuit.

Les bons horaires pour guetter leurs vols

Groupe de grues debout dans une eau peu profonde

Les grues dorment en groupe sur l’eau peu profonde, dans ce qu’on appelle un dortoir. Au lever du soleil, elles quittent ce refuge par vagues pour aller se nourrir dans les champs alentour. C’est un moment spectaculaire : le ciel se remplit de lignes d’oiseaux qui crient.

Le deuxième rendez-vous se joue au coucher du soleil. Les bandes reviennent vers le dortoir, souvent dans une lumière rasante qui dessine très bien les silhouettes. Comptez arriver une heure avant la tombée de la nuit pour ne rien rater.

Pendant la journée, les vols de migration active traversent le pays à grande hauteur. Ils passent parfois sans arrêt, parfois en spirale pour chercher des courants ascendants. Quand les conditions sont bonnes, on peut voir passer plusieurs groupes dans la même heure sans bouger de son jardin : il suffit de savoir repérer les migrateurs depuis sa fenêtre.

Un vent de nord-est, c’est le signal à guetter

Quand le vent tourne au nord-est après plusieurs jours de météo douce, les grues profitent du coup de pouce pour partir en masse. C’est souvent à ce moment que les plus gros passages se produisent, parfois en quelques heures seulement. Surveillez la météo avant de planifier une sortie.

Reconnaître leurs grands V et entendre leurs cris

La grue cendrée (Grus grus) est un grand oiseau : environ 1,10 m de haut et plus de 2 m d’envergure. Elle vole le cou tendu en avant et les pattes tendues en arrière. La différence avec la cigogne ou le héron est visible : le héron replie son cou, la cigogne est blanche et noire.

Leur formation en V est le signe le plus clair. Selon les groupes, elle prend la forme d’un V net ou d’une ligne oblique, qui se déforme et se reforme sans cesse. Ce vol en V permet aux oiseaux de se suivre dans le sillage de ceux qui précèdent et d’économiser de l’énergie sur de longues distances.

Souvent, vous les entendrez avant de les voir. Leurs cris, un appel puissant et trompetant, portent à plusieurs kilomètres. Si vous entendez ce son en levant les yeux vers un ciel qui semble vide, cherchez plus haut : les oiseaux volent souvent à plus de 1 000 mètres d’altitude. Des jumelles aident beaucoup pour confirmer, et une sortie ornithologique avec la LPO permet de s’y initier.

Observer sans les déranger

Une grue dérangée dépense de l’énergie qu’elle n’a pas à gaspiller. Gardez vos distances, restez sur les sentiers et les observatoires, évitez les drones et ne marchez jamais vers un groupe posé dans un champ. Parlez doucement, restez dans la voiture si besoin : elle fait un excellent affût.

Soyez aussi vigilant sur le plan sanitaire. À l’automne 2025, la grippe aviaire a tué des milliers de grues en Europe, y compris en France. Si vous trouvez un oiseau mort ou qui semble malade, ne le touchez pas, éloignez chiens et enfants, et signalez-le à la mairie ou à l’office français de la biodiversité. L’espèce progresse, mais elle reste une espèce vulnérable face à ce type d’épisode.

Pourquoi elles passent par la France : de la Scandinavie à l’Espagne

Grues grises en V au dessus des champs

Les grues qui survolent la France se reproduisent surtout en Scandinavie, dans les pays baltes et en Allemagne du Nord. Elles descendent vers l’Espagne (notamment l’Estrémadure) pour y passer l’hiver, soit plusieurs milliers de kilomètres de migration. La France se trouve exactement sur le trajet, avec des haltes qui leur permettent de reprendre des forces.

Ces oiseaux voyagent en famille. Les couples restent unis longtemps et les jeunes de l’année, qui apprennent le chemin en suivant leurs parents, volent à leurs côtés. Cela explique pourquoi on voit souvent des petits groupes de trois ou quatre au sein des grandes bandes.

Le voyage retour commence en février. Les oiseaux repassent alors au-dessus du pays, cette fois vers le nord, avec un pic qui s’étale de la mi-février à mars. Si vous manquez l’automne, vous aurez une seconde occasion de guetter leurs grands V avant la belle saison.

Avant de partir

  • Vérifiez les relevés récents de la LPO ou de la réserve la plus proche.
  • Prévoyez des vêtements chauds : l’attente au lever du soleil est fraîche.
  • Emportez des jumelles et, si possible, une longue-vue.
  • Choisissez un point dégagé, avec un horizon large vers le nord-est.

Le passage ne dure que quelques semaines. Sortez un matin ou un soir de cette fin octobre, levez les yeux, et laissez-vous guider par le son : c’est souvent lui qui vous indique le bon moment.

Curieuse du vivant depuis toujours, Véronique coordonne la rédaction de Chemins de la Biodiversité. Elle choisit les sujets, relit chaque article et veille à ce que les informations sur la faune, la flore et les milieux naturels soient vérifiées, sourcées et faciles à comprendre pour tous.

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