Vous la repérez en ramassant les feuilles ou en tondant : une petite boule grise, compacte, un peu poilue, posée au pied d’un arbre. Ce n’est ni une crotte ni un déchet. C’est une pelote de réjection, la régurgitation d’un rapace nocturne qui a digéré la chair de ses proies et recraché le reste. En la découpant, vous lisez ce que l’oiseau a mangé ces derniers jours.
Reconnaître une pelote de réjection au pied de votre arbre
Une pelote mesure en général entre 3 et 6 cm, de forme ovale ou cylindrique, avec des extrémités arrondies. Fraîche, elle est humide et brillante. En séchant, elle devient grise, terne et assez légère. Si vous la pincez doucement (avec des gants), vous sentez des éléments durs sous une gangue de poils et de plumes.
L’emplacement compte autant que l’aspect. Les rapaces nocturnes régurgitent là où ils se posent la journée : sous un perchoir régulier, au pied d’un arbre au feuillage dense, sous un lierre ou près d’un trou de tronc. Plusieurs pelotes au même endroit, parfois accompagnées de fientes blanches en coulures, sont de bons indices de présence. Un amas sur un rebord de grange ou dans un clocher oriente plutôt vers l’effraie.
Décortiquer la pelote pas à pas pour lire le menu
Le matériel est minimal : des gants, une pince à épiler, une feuille de papier blanc, un bol d’eau tiède et un peu de patience. Comptez 15 à 30 minutes pour une pelote.
- Enfilez vos gants et posez la pelote sur la feuille blanche.
- Si elle est sèche et dure, trempez-la quelques minutes dans l’eau tiède pour l’assouplir.
- Écartez les poils et les plumes avec la pince, sans écraser ce qui se trouve dedans.
- Sortez chaque os et posez-le sur la feuille. Rincez les plus fragiles dans l’eau claire.
- Triez par famille : crânes, mâchoires, os longs, bassins, éléments d’insectes.
- Laissez sécher une journée, puis comparez avec une planche d’identification.
Gants obligatoires, même pour une pelote sèche
Une pelote peut porter des bactéries, des parasites ou des poussières irritantes. Ne la touchez jamais à mains nues, travaillez à l’extérieur ou près d’une fenêtre ouverte, et terminez par un lavage des mains au savon. Si vous la gardez, congelez-la 48 heures pour éliminer les parasites et les insectes qui pourraient s’y trouver.
Ce que révèlent les proies retrouvées : rongeurs, insectes et autres petits animaux

Le régime alimentaire d’un rapace nocturne repose surtout sur les rongeurs. Le crâne est la pièce reine : il se reconnaît à ses orbites, à ses incisives et à ses molaires. La mâchoire inférieure, plus robuste, résiste mieux et se retrouve souvent intacte. Comme chaque proie n’a qu’une mâchoire inférieure gauche et une droite, en compter une série vous donne une estimation du nombre d’animaux avalés.
| Proie | Ce que vous trouvez | Indice pour la reconnaître |
|---|---|---|
| Campagnol | Crâne court, mâchoires, poils gris-bruns | Molaires avec des prismes en zigzag, sans racines apparentes |
| Mulot ou souris | Crâne plus allongé, mâchoires fines | Molaires à petites bosses (tubercules), museau pointu |
| Musaraigne | Crâne très fin, long museau | Dents pointues, souvent teintées de brun-rouge |
| Oiseau | Bec, petits os creux, plumes | Os légers, pas d’incisives |
| Insectes | Élytres, pattes, têtes brillantes | Débris de chitine, souvent des coléoptères |
La présence de mulot, de campagnol et de musaraigne dans une même pelote n’a rien d’étonnant : le rapace chasse ce qui passe à portée, sans trier. Les insectes signalent plutôt une saison chaude ou un oiseau de petite taille, comme la chevêche. Quelques lambeaux de poils sans os, enfin, indiquent une proie dont le squelette a été entièrement digéré, ou une pelote très ancienne.
Identifier le rapace à partir de la pelote et des indices autour
La pelote seule donne des pistes, pas une certitude. La chouette hulotte, très répandue dans les jardins arborés, produit des pelotes grises, un peu friables, aux os souvent cassés en morceaux. On les trouve volontiers au pied de grands arbres, de conifères ou sous un lierre épais. Son chant (le fameux « hou-hou » lugubre) confirme sa présence à la tombée de la nuit. Pour l’identifier, écoutez le chant de la chouette hulotte dès l’automne.
L’effraie des clochers laisse des pelotes plus grosses, noires, lisses et luisantes, car elles sont enrobées de mucus. Elles contiennent des os remarquablement entiers, avec des crânes complets, parce que l’oiseau avale ses proies tout rond. Vous les verrez dans les granges, les combles, les clochers ou les vieux bâtiments, plus rarement sous un arbre.
Le hibou moyen-duc, lui, dépose des pelotes allongées sous les conifères où il passe l’hiver en groupe. Enfin, un amas de pelotes très fournies en insectes pointe vers une chevêche ou un petit-duc. Regardez toujours l’ensemble : le lieu, la taille, la couleur, l’état des os et les fientes autour.
Précautions d’hygiène et bons réflexes pour ne pas déranger le rapace

Ramasser une pelote ne dérange pas l’oiseau, qui en produit une ou deux chaque nuit. En revanche, rester longtemps sous son perchoir ou chercher à voir l’animal de près peut l’obliger à quitter son abri de jour. Tous les rapaces nocturnes sont protégés en France : il est interdit de les capturer, de les détruire ou de déranger un nid.
Si vous voulez faire identifier vos trouvailles, séchez les os, rangez-les dans une boîte en carton avec une étiquette (date, lieu, nombre de pelotes) et contactez la LPO ou une association naturaliste locale. Ces relevés servent à suivre l’évolution des petits mammifères et la santé des populations de rapaces. Un hibou ou une hulotte au jardin est aussi un allié : une seule famille peut consommer plusieurs milliers de rongeurs par an.
Laissez enfin un vieil arbre debout, évitez les raticides (qui empoisonnent les rapaces par ricochet) et éteignez les éclairages inutiles la nuit. Vous garderez ainsi un voisin discret, dont vous saurez lire le menu au pied de l’arbre.





