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À Troyes, les étourneaux s’installent chaque soir dans les platanes d’une avenue et exaspèrent les riverains

Nuee de petits oiseaux noirs perches sur des platanes

La nuit tombe, et le ciel de Troyes s’assombrit autrement. Des nuées d’oiseaux tournent, plongent, puis disparaissent dans le feuillage des platanes d’une avenue. Pour les riverains, la soirée ne fait que commencer : cris incessants, trottoirs blanchis, voitures maculées au petit matin.

Ce phénomène n’a rien d’une invasion mystérieuse. C’est le rituel de l’étourneau sansonnet, qui a ses raisons, ses règles juridiques et quelques parades qui fonctionnent plus ou moins bien.

Pourquoi les étourneaux se rassemblent-ils chaque soir à Troyes ?

L’étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) est un oiseau grégaire. Dès l’automne, et jusqu’à la fin de l’hiver, il passe ses journées dans les champs et les prairies pour se nourrir, puis rejoint chaque soir un dortoir collectif. Des milliers d’individus s’y retrouvent pour passer la nuit ensemble.

Le centre d’une ville offre tout ce qu’il leur faut. Les bâtiments et l’éclairage public dégagent de la chaleur, ce qui rend les nuits moins rudes. Les platanes d’une avenue, hauts et au feuillage dense, servent de refuge. Et la lumière, tout comme le nombre, dissuade les prédateurs comme les rapaces nocturnes ou la fouine.

Les spectaculaires figures dans le ciel au crépuscule ont aussi une fonction, et l’on peut apprendre à les observer comme on repère les migrateurs d’automne au-dessus des jardins. En se regroupant en nuée serrée, les oiseaux brouillent la vue d’un éventuel prédateur et échangent des informations sur les bons coins de nourriture. Beau à regarder de loin, nettement moins au pied de sa fenêtre.

À Troyes, un phénomène de grande ampleur

La presse locale (L’Est Éclair, Canal 32) a rapporté la présence d’environ 80 000 étourneaux dans la ville, avec des voitures couvertes de fientes et un vacarme qui s’étend jusque tard dans la soirée. Face à la grogne des habitants, un fauconnier a été appelé pour tenter de déloger les oiseaux grâce à des rapaces.

Le principe de cette méthode est de rappeler aux étourneaux que le lieu n’est pas sûr. Un faucon ou un autour qui survole les arbres au moment où les oiseaux arrivent suffit à les inciter à chercher un autre perchoir. Reste à savoir où ils iront, ce qui est le vrai point faible de toute opération de ce type.

Des nuisances qui exaspèrent les riverains

Voiture grise couverte de fientes blanches sur un trottoir

Le premier désagrément, c’est celui des fientes. Quand des dizaines de milliers d’oiseaux dorment au-dessus d’un trottoir, la chaussée, les pare-brise, les bancs et les rebords de fenêtre sont recouverts. Cette couche est glissante par temps humide et agressive pour les peintures de carrosserie si on la laisse sécher.

Vient ensuite le bruit nocturne. Les étourneaux sont bavards, imitent d’autres sons et ne se taisent vraiment qu’à la nuit noire. Au lever du jour, la reprise des cris et le départ en masse perturbent à nouveau le sommeil. S’y ajoutent les odeurs, surtout quand les déjections s’accumulent plusieurs semaines.

Sur le plan du risque sanitaire, il faut rester mesuré. Des champignons ou des bactéries peuvent se développer dans les fientes accumulées, et les personnes fragiles ou allergiques doivent éviter de brasser la poussière sèche. Un nettoyage à l’eau, avec gants et sans balayage à sec, limite l’exposition. Les arbres, eux, souffrent aussi : branches cassées sous le poids, feuillage brûlé par les déjections.

Espèce protégée ou non : ce que dit la réglementation

Beaucoup d’habitants pensent que l’étourneau est intouchable parce que c’est un oiseau sauvage. La réalité est plus nuancée. L’étourneau sansonnet ne figure pas parmi les espèces strictement protégées en France, et il peut être classé dans certains départements parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts.

Régulation autorisée, mais pas pour tout le monde

En ville, il est interdit de tirer ou d’utiliser des pièges ou du poison de sa propre initiative. Toute opération de régulation relève d’un arrêté préfectoral et se confie à des professionnels habilités. Les arrêtés variant d’un département à l’autre, la préfecture ou la DDT reste la source à interroger avant d’agir.

Les nids et les œufs sont par ailleurs encadrés pendant la nidification, au printemps. C’est une raison de plus de ne pas improviser une intervention sur les arbres en cette période.

Comment faire fuir les étourneaux : solutions et limites

La difficulté tient à un fait simple : une fois qu’un dortoir est installé, il est difficile à défaire. Les oiseaux reviennent d’une année sur l’autre aux mêmes endroits. Plusieurs techniques existent, rarement efficaces seules.

  • L’effarouchement sonore, avec des cris de détresse d’étourneaux ou des détonations, qui gêne les oiseaux mais aussi les habitants.
  • Les effaroucheurs visuels ou lumineux (lasers, rubans, leurres de rapaces), dont l’effet s’érode vite.
  • La fauconnerie, plus coûteuse mais généralement plus durable, à condition de répéter les passages plusieurs soirs de suite.
  • La taille des platanes en dehors de la période de nidification pour éclaircir la ramure et rendre le perchoir moins confortable.

Le revers de la médaille est connu : chaque méthode déplace le problème plus qu’elle ne le règle. Les oiseaux se reportent sur une rue voisine, un parking ou un autre alignement d’arbres. Voilà pourquoi la LPO plaide plutôt pour la prévention et la cohabitation, notamment en adaptant les plantations et en évitant de nourrir les oiseaux près des lieux de dortoir.

À l’échelle d’un riverain, quelques gestes limitent la gêne : ne pas garer sa voiture sous les branches en saison, utiliser une housse, nettoyer rapidement les fientes à l’eau et fermer ses fenêtres au crépuscule. Ce n’est pas glamour, mais cela évite bien des soucis.

Qui contacter à Troyes et quand agir ?

Fauconnier avec un rapace perche pres dun platane

L’interlocuteur numéro un reste la mairie, qui gère les arbres d’alignement et peut mandater un fauconnier ou une entreprise spécialisée. Signalez les nuisances auprès du service en charge de l’environnement ou des espaces verts, de préférence à plusieurs voisins pour peser davantage. Une pétition de quartier ou un courrier collectif accélère souvent les choses.

Pour comprendre le comportement des oiseaux et les solutions douces, la LPO locale peut vous renseigner. Pour savoir ce qui est permis, adressez-vous à la préfecture ou à la DDT de l’Aube. Si les fientes touchent un bâtiment ou si vous avez un doute sur l’hygiène d’un lieu (cour d’école, restaurant, crèche), prévenez aussi les services d’hygiène de la ville.

Quant au bon moment pour agir, c’est avant que le dortoir ne s’installe durablement. Dès que les premières nuées reviennent à l’automne, la réaction des gestionnaires doit être immédiate. Passé quelques semaines, les oiseaux ont déjà pris leurs habitudes, et déloger un étourneau sansonnet attaché à ses platanes devient une affaire de longue haleine.

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Auteur en charge des contenus jardiniers chez Chemins de la Biodiversité. Spécialisée dans l'analyse des pratiques de potager biologique et l'accueil de la faune auxiliaire. Privilégie l'approche par l'observation directe et l'expérimentation terrain.

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