Biodiversité

L’écureuil roux enterre ses noisettes pour l’hiver : où et comment l’observer dans un parc ou en forêt

Ecureuil roux assis sur une branche tenant une noisette

Un bruit sec dans les feuilles, une silhouette rousse qui file le long d’un tronc, puis ce geste étonnant : l’animal creuse, dépose une noisette, referme et tasse le sol avec le museau. En octobre, l’écureuil roux est en pleine course contre l’hiver, et c’est le meilleur moment de l’année pour le surprendre à l’œuvre. Encore faut-il savoir où se poster et à quelle heure.

Où et quand observer l’écureuil roux en automne

Le Sciurus vulgaris est un animal diurne, mais il ne bouge pas toute la journée. Ses deux grands pics d’activité se situent tôt le matin, à l’aube et dans les deux heures qui suivent, puis en fin d’après-midi jusqu’au crépuscule. En plein milieu de journée, il se repose souvent dans son nid, surtout s’il fait doux ou s’il pleut fort.

Côté lieux, privilégiez les forêts de conifères et les forêts mixtes, où les pommes de pin et les cônes d’épicéa lui offrent un garde-manger constant. Les lisières sont aussi très intéressantes, car l’animal y circule entre les arbres et le sol. Dans un parc urbain, cherchez les grands chênes, les hêtres et surtout les noisetiers : un parc ancien, avec de vieux arbres et des haies fournies, abrite parfois une population insoupçonnée.

Octobre et novembre sont les mois les plus favorables. Les glands, les faînes et les noisettes tombent en masse, et l’écureuil multiplie les allers-retours pour constituer ses réserves d’hiver. Après les premières gelées, il devient plus discret, mais il reste actif : contrairement à une idée répandue, il n’hiberne pas.

Le créneau gagnant : la première heure après le lever du soleil

Arrivez sur place avant que les promeneurs ne remplissent le parc, choisissez un arbre à fruits secs (noisetier, hêtre, chêne) et restez en place. Un écureuil qui se sent seul descend au sol bien plus volontiers.

Repérer sa présence : indices, cônes rongés et nids

Avant de voir l’animal, on le devine. Le premier indice, en forêt de conifères, est le cône rongé : l’écureuil retire les écailles une à une pour atteindre les graines et laisse un axe central hérissé, parfois entouré d’un tas de déchets au pied d’un arbre ou d’une souche. Les cônes sont souvent rongés à un endroit favori, où vous retrouverez des dizaines de restes.

Pour les noisettes, regardez la coque. L’écureuil l’ouvre en deux moitiés nettes, avec une fente le long de la suture, alors que le mulot perce un petit trou rond et que les oiseaux martèlent la coque. Autre signe, les petites fouilles dans la litière de feuilles : de minuscules trous de quelques centimètres, creusés puis rebouchés.

Levez aussi la tête. La hotte (ou nid) est une boule compacte de brindilles, de mousse et de feuilles, calée dans une fourche, souvent près du tronc et à plusieurs mètres de hauteur. Un nid bien visible est un bon indicateur : l’animal n’est jamais loin.

Écureuil roux ou écureuil gris : les différences

En France, l’écureuil que vous croisez est presque toujours le roux. L’écureuil gris, originaire d’Amérique du Nord, est installé en Italie, au Royaume-Uni et en Irlande, et il pose un problème à l’espèce locale. Si vous voyagez, ce tableau vous aidera à les distinguer.

Critère Écureuil roux Écureuil gris
Pelage Roux à brun foncé, ventre blanc Gris argenté, parfois teinté de brun
Oreilles Pinceaux de poils bien visibles en hiver Pas de pinceaux
Taille Plus fin et plus léger Plus massif, plus lourd
Habitat préféré Forêts de conifères et mixtes Feuillus, parcs, jardins

Pourquoi et comment il enterre ses noisettes

Un ecureuil roux tient un gland sur une branche

L’hiver prive l’écureuil de la plupart de ses aliments. Dès la fin de l’été, il se met donc à stocker : noisettes, glands, faînes, graines de pommes de pin et parfois champignons, qu’il coince même dans les branches pour les faire sécher, comme le détaille notre article sur le pillage des noisetiers par les écureuils. Plutôt que de tout entasser au même endroit, il éparpille ses réserves en centaines de petites caches dans un vaste secteur.

Le geste est précis. Il choisit un emplacement, creuse un trou de quelques centimètres avec ses pattes avant, y glisse la noisette, la pousse du museau, puis rebouche et recouvre de feuilles. Cette dispersion limite les pertes : si un voleur trouve une cache, les autres restent intactes.

Pour les retrouver des semaines plus tard, il s’appuie sur sa mémoire spatiale (repères comme un tronc, une souche ou une pierre) et sur son odorat, qui lui permet de flairer une noisette sous la neige ou les feuilles. Il n’y parvient pas à tous les coups. Une partie des graines n’est jamais déterrée et germe au printemps, ce qui contribue à la régénération forestière : l’écureuil est un véritable planteur d’arbres malgré lui.

Idée reçue : l’écureuil n’oublie pas ses noisettes par étourderie

Les graines non retrouvées ne sont pas une simple erreur. Avec autant de caches, une partie reste forcément sous terre, et c’est tant mieux pour le chêne, le hêtre ou le noisetier de demain.

Observer sans déranger : règles et bons gestes

L’écureuil roux est une espèce protégée en France : on ne le capture pas, on ne détruit pas son nid et on ne le dérange pas volontairement. Dans un parc comme en forêt, l’observation se joue sur la patience, pas sur la proximité, comme le montre une sortie LPO pour observer les migrateurs. Voici la méthode qui marche le mieux :

  1. Choisissez un arbre producteur de fruits secs ou un secteur riche en cônes rongés, puis asseyez-vous au pied d’un tronc ou contre un buisson.
  2. Restez immobile 20 à 30 minutes, sans bouger les bras ni parler. Les premiers bruits dans les feuilles signalent souvent son arrivée.
  3. Portez des vêtements aux teintes neutres et évitez les tissus qui bruissent.
  4. Gardez 10 à 15 mètres de distance et utilisez des jumelles pour voir le détail des gestes.
  5. Repartez doucement sans fouiller les feuilles à la recherche des caches.

Le nourrissage est à éviter : en lui offrant cacahuètes salées ou pain, on le rend dépendant, on favorise la propagation de maladies et on l’éloigne de son comportement naturel. Les graines et fruits secs de l’automne suffisent amplement. Tenez aussi votre chien en laisse, car un animal qui se sent traqué abandonne vite un secteur.

Enfin, si vous avez un jardin, vous pouvez l’aider à votre manière en plantant un noisetier, un chêne ou un hêtre et en laissant quelques coins en friche. Vous offrez ainsi à la faune sauvage un garde-manger naturel, sans jamais intervenir dans ses réserves. Avec un peu de chance, vous le verrez aussi enterrer sa récolte sous vos fenêtres, un matin d’octobre.

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Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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