Biodiversité

Une espèce jamais recensée dans le département repérée par des naturalistes, ce qu’un promeneur peut signaler

Naturaliste accroupi tenant une loupe devant une plante

Un dimanche soir d’octobre, une naturaliste installe sa lampe pour compter des papillons de nuit. Elle y trouve un insecte que personne n’avait jamais noté dans le département. Cette scène s’est bel et bien produite, et elle pose une question très concrète : si vous tombez sur une bête inconnue au détour d’un chemin, que faites-vous ?

Un criquet égyptien repéré pour la première fois dans l’Indre

Le dimanche 18 octobre 2026, Sylvie Caux, naturaliste à Indre Nature, mène un inventaire pour l’Atlas de la biodiversité intercommunale Val de l’Indre, sur la commune de Vendœuvres. Elle cherche des papillons de nuit. C’est un tout autre visiteur qui se pose sur sa lampe : un criquet égyptien (Anacridium aegyptium), de très grosse taille, aux yeux rayés qui ont de quoi surprendre.

Cette première observation dans l’Indre est d’autant plus remarquable que l’espèce n’avait été signalée qu’une seule fois dans toute la région Centre-Val de Loire. L’association le résume sur son site : « Nous avons bien cru avoir une hallucination ». Elle ajoute qu’il y a possiblement d’autres individus à trouver, et invite chacun à ouvrir l’œil et à lui signaler ses découvertes.

Comment signaler une espèce inconnue dans votre département

Bonne nouvelle : vous n’avez pas besoin d’être naturaliste pour participer. Une observation naturaliste utile tient en quelques éléments, que n’importe quel promeneur peut réunir avec un téléphone. Voici la marche à suivre.

  1. Prenez une photo nette, de préférence sous plusieurs angles (dessus, profil, tête). Les détails comme les yeux ou les pattes aident beaucoup à l’identification.
  2. Notez la localisation précise : commune, lieu-dit, ou position relevée avec votre téléphone.
  3. Relevez la date et l’heure, ainsi que le contexte (près d’une lampe, dans une prairie, au bord d’un chemin).
  4. Transmettez le tout à l’association naturaliste de votre département ou via la plateforme de saisie locale, en saisie web ou par application mobile quand elle existe.
  5. Ne capturez pas l’animal et ne le déplacez pas. Une photo suffit, et l’individu reste là où il a été vu.

Pas sûr de ce que vous avez vu ? Signalez quand même

Inutile d’avoir identifié l’espèce avant d’écrire. Le rôle du citoyen est de fournir la matière (une image, un lieu, un jour). Ce sont les naturalistes qui tranchent ensuite.

Chaque département a ses habitudes. Certains disposent d’un atlas de la biodiversité en ligne, d’autres d’une application dédiée, d’autres encore d’une simple adresse de contact au sein de l’association locale. Le plus fiable est de chercher le nom de la structure naturaliste de votre territoire et d’utiliser l’outil qu’elle propose. Dans l’Indre, c’est Indre Nature qui a lancé l’appel.

Ce qui se passe après votre signalement : validation et diffusion

Deux naturalistes examinent une photo de papillon sur ecran

Une fois votre message envoyé, la validation entre en jeu. Des naturalistes examinent la photo, vérifient la plausibilité du lieu et de la date, puis confirment ou corrigent l’identification. Pour une espèce jamais recensée localement, ce contrôle est particulièrement attentif, car une première mention doit reposer sur une preuve solide.

Une donnée validée rejoint ensuite les données naturalistes du territoire. Elle alimente les inventaires participatifs et les atlas, et peut remonter vers des bases plus larges comme le SINP, le Système d’information sur la nature et les paysages. C’est ainsi que l’observation d’un seul promeneur finit par éclairer une carte de répartition à l’échelle d’une région.

Les plateformes protègent en général la localisation exacte des espèces sensibles ou rares. Pour un criquet, l’enjeu est moindre, mais cela vaut la peine de lire la charte d’utilisation de l’outil avant de saisir une observation.

Pourquoi une espèce migratrice peut-elle apparaître dans un nouveau secteur ?

Le criquet égyptien est une espèce migratrice (comme les oiseaux migrateurs à repérer en octobre), davantage habituée au Sahara. Certains individus ont quitté progressivement cette région d’origine pour gagner le sud de l’Europe, dont la France, en suivant le couloir rhodanien. L’espèce était déjà identifiée dans le sud du pays, ce qui rend sa présence dans l’Indre d’autant plus surprenante.

Dans le cas de Vendœuvres, l’insecte a été attiré par la lumière, entre le brame du cerf et le hululement de la chouette hulotte. Rien ne permet pour l’instant de dire s’il s’agit d’un individu isolé ou des premiers signes d’une installation. Seules de nouvelles observations, bien documentées, pourront répondre à cette question.

Ouvrir l’œil lors de vos balades

Les inventaires participatifs reposent sur un constat simple : les naturalistes ne peuvent pas être partout, et les promeneurs sont des milliers. Une soirée d’automne près d’un lampadaire, une sortie en lisière de forêt ou un jardin éclairé peuvent suffire à croiser un insecte hors du commun.

La prochaine fois que vous apercevez une bestiole qui ne ressemble à rien de connu, sortez votre téléphone. Une photo, un lieu, une date : votre signalement peut devenir la première mention d’une espèce dans votre département.

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Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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