Biodiversité

La chevêche d’Athéna a besoin d’un abri avant l’hiver, un vieux verger peut lui servir de refuge

Petite chouette perchee sur une branche de pommier

Elle tient dans une main, pèse à peine plus qu’une tablette de chocolat et affronte pourtant les gelées sans quitter son territoire. La chevêche d’Athéna ne migre pas. Quand l’automne arrive, elle doit trouver un trou au sec, à l’abri du vent et des prédateurs, et il y a de bonnes chances que ce trou soit dans votre verger.

La réponse tient en une phrase : un vieux verger réunit au même endroit des cavités pour se cacher, de l’herbe rase pour chasser et des proies pour passer la mauvaise saison. Voici pourquoi, et ce que vous pouvez faire dès cet automne.

Pourquoi la chevêche d’Athéna a besoin d’un abri avant l’hiver

La chevêche d’Athéna (Athene noctua) est un petit rapace nocturne d’une vingtaine de centimètres, à la silhouette trapue, à la tête aplatie et aux yeux jaunes. Contrairement à ce que son nom laisse croire, elle chasse aussi de jour, surtout à l’aube et au crépuscule. On la voit souvent posée sur un piquet ou une branche basse, à guetter le sol.

C’est une espèce sédentaire : elle reste toute l’année sur son territoire. Elle ne construit pas de nid et ne creuse rien. Elle occupe des cavités déjà existantes, dans un tronc, un mur de pierre, une grange ou un tas de bois. En hiver, ces cachettes lui servent de dortoir et la protègent du froid, de la pluie et de la neige.

Le danger vient de la combinaison du froid et de la faim. Quand la neige recouvre l’herbe ou que le sol gèle, les campagnols deviennent difficiles à attraper. Un oiseau sans cavité sèche à proximité dépense plus d’énergie pour se réchauffer et s’épuise plus vite. Sans abri, la mauvaise saison devient une épreuve que beaucoup de jeunes ne passent pas.

Le vieux verger, un refuge naturel grâce à ses arbres creux

Dans un vieux verger de hautes tiges, les arbres ont souvent un siècle ou plus. Leur bois s’est fendu, des branches sont tombées, des pics ont creusé, la pourriture a fait le reste. Résultat : des cavités de tailles variées, parfaitement adaptées à un oiseau de la taille d’une grosse grive.

Les pommiers, poiriers, noyers, cerisiers et saules têtards sont les plus prisés. Un tronc creux et sec, dont l’entrée regarde à l’abri des vents dominants, vaut un petit appartement. La chevêche peut y dormir le jour, s’y réfugier lors d’une tempête et y stocker parfois quelques proies quand la chasse est bonne.

Ces arbres âgés ont un défaut aux yeux d’un jardinier pressé : ils ont l’air malades. C’est justement ce qui les rend précieux. Un arbre mort sur pied ou à moitié creux n’est pas un arbre perdu, c’est un logement pour la faune. Et les bâtiments voisins, comme les granges, les murets ou les vieilles étables, complètent l’offre quand les arbres manquent.

Nichoir à chevêche : la cote à respecter

Une entrée ronde d’environ 6 à 7 cm de diamètre convient à la chevêche tout en limitant l’accès aux prédateurs plus gros, comme la martre. Le nichoir se fixe à quelques mètres de hauteur, à l’abri des vents dominants, sur un tronc ou un mur dégagé. Une cavité trop large ne protège ni du froid ni des intrus.

Ce qu’un verger traditionnel offre aussi : proies, prairies et bocage

Herbe rase entre vieux pommiers et haies vives

Un abri ne suffit pas. Une chevêche qui dort bien mais ne mange pas ne passera pas l’hiver. Le verger traditionnel présente un grand avantage : il est presque toujours associé à une prairie, souvent pâturée ou fauchée tardivement, où l’herbe reste rase. C’est la condition de la chasse au sol, car l’oiseau doit voir et atteindre sa proie.

Son menu se compose de campagnols, de mulots, mais aussi de gros insectes, de vers de terre, de scarabées et de grillons. Les pelotes de réjection que l’on trouve au pied d’un perchoir en donnent la preuve : elles contiennent des poils, des os et des élytres de coléoptères. Repérer ces boulettes est l’un des meilleurs indices pour savoir que l’espèce fréquente votre terrain.

Le bocage joue lui aussi un rôle. Les haies, les talus et les vieux murs servent de couloirs de déplacement, de perchoirs et de réserves de petits animaux. Dans des régions comme la Famenne-Calestienne, où les vergers, les prairies et les haies forment encore une mosaïque, la chevêche trouve tout ce qu’il lui faut dans un rayon réduit. Dès que ce réseau se défait, l’espèce décline, ce qui explique son statut de conservation préoccupant dans plusieurs régions d’Europe de l’Ouest.

Favoriser l’abri de la chevêche : garder les vieux arbres et poser des nichoirs

Le premier geste ne coûte rien : conservez les vieux arbres, même mal en point. Un tronc creux, une grosse branche fendue ou un arbre mort sur pied peuvent rester en place tant qu’ils ne menacent ni un chemin ni un bâtiment. Si un arbre doit être sécurisé, mieux vaut le raccourcir que l’abattre.

Le deuxième geste consiste à compléter l’offre là où les cavités manquent. L’automne est un bon moment pour installer un nichoir, puisque l’oiseau peut l’inspecter avant l’hiver et l’adopter pour la saison de reproduction suivante. Pour qu’il serve vraiment de refuge, quelques règles s’imposent :

  • choisir un modèle conçu pour la chevêche, avec une entrée ronde de 6 à 7 cm et un fond épais pour l’isolation ;
  • le fixer sur un arbre solide ou un mur, à plusieurs mètres de hauteur, à l’écart des vents dominants ;
  • le placer près d’une prairie rase, avec un perchoir proche ;
  • le protéger de la martre avec un dispositif anti-prédateur adapté ;
  • le vérifier une fois par an, hors période sensible, pour retirer les nids parasites, en suivant la méthode de nettoyage des nichoirs à l’automne.

Troisième levier : l’entretien de la prairie. Une fauche tardive ou un pâturage extensif maintient une herbe courte où les proies restent accessibles. Laisser quelques bandes d’herbe haute en bordure abrite les campagnols, qui nourrissent à leur tour le rapace. Observer à distance suffit pour suivre l’espèce sans la déranger : une paire de jumelles vaut mieux qu’une visite répétée près de la cavité.

Les erreurs qui réduisent le refuge : élagage, abattage et traitements

L’élagage lourd est la première cause de perte de cavités. En supprimant les grosses branches, on ouvre le bois à l’eau, on accélère la dégradation et on détruit les trous que l’oiseau utilisait déjà. Si une taille est nécessaire, elle se fait hors période de reproduction et en préservant les parties creuses.

Le deuxième piège est l’abattage « par précaution ». Un arbre creux qui ne gêne personne peut loger des chevêches pendant des décennies. Une fois coupé, il ne se remplace pas : un jeune pommier met plus d’un siècle à offrir les mêmes cavités. Remplacer un arbre ne remplace donc pas un abri.

Les traitements pèsent aussi sur le refuge, de façon moins visible. Les rodenticides empoisonnent les campagnols et, par ricochet, ceux qui les mangent. Certains antiparasitaires donnés au bétail se retrouvent dans les bouses et appauvrissent la faune de coléoptères dont la chevêche se nourrit. Quant aux insecticides, ils vident le verger de ses insectes, une part importante de son garde-manger.

Enfin, un verger transformé en pelouse tondue ras, avec des arbres jeunes bien alignés, perd son intérêt pour l’espèce. Il n’a plus de cavités, plus de refuges au sol et plus de diversité d’insectes. Garder un peu de désordre, c’est souvent le meilleur aménagement.

Un geste d’automne pour une espèce sédentaire

Petite chouette perchee sur un tronc de pommier noueux

La chevêche d’Athéna reste fidèle à son territoire, hiver comme été. Ce que vous faites de votre verger cet automne détermine donc directement ses chances de passer la saison froide : un arbre conservé, un nichoir posé, une prairie fauchée tard. Ces gestes sont modestes, mais pour une espèce prioritaire en conservation, chaque cavité compte.

Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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