Biodiversité

Une écrevisse de Louisiane dans la rivière, pourquoi il est interdit de la déplacer ou de la relâcher

Crustace rouge aux pinces ouvertes sur galets immerges

Vous avez attrapé une grosse écrevisse rouge au bord de l’eau et votre premier réflexe est de la remettre à l’eau, ou de la ramener chez vous. Ce geste, qui paraît anodin, peut vous exposer à des sanctions pénales et faire des dégâts durables dans le cours d’eau. L’écrevisse de Louisiane n’est pas un animal comme les autres : la loi la traite en espèce exotique envahissante.

Pourquoi il est interdit de relâcher ou de déplacer une écrevisse de Louisiane

La réponse tient en une phrase : l’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) figure parmi les espèces exotiques envahissantes dont l’introduction dans le milieu naturel est prohibée. Cette interdiction repose sur le règlement européen relatif aux espèces invasives et sur la réglementation française prise en application du code de l’environnement. Elle couvre aussi le transport, le colportage, la vente d’espèces vivantes et leur détention à des fins de lâcher.

Concrètement, relâcher l’animal dans la rivière où vous l’avez pêché revient à le remettre en circulation. Le déplacer vers un étang, un fossé ou un autre cours d’eau revient à créer un nouveau foyer d’invasion, comme le montre le cas d’une tortue de Floride lâchée en étang. Dans les deux cas, vous pouvez être en infraction, même sans mauvaise intention.

Le transport d’un spécimen vivant pose le même problème, comme le rappellent les poissons rouges relâchés dans des lacs du Minnesota. Une écrevisse qui s’échappe d’un seau ou d’un coffre de voiture est capable de coloniser un point d’eau en quelques semaines, et elle peut même parcourir de petites distances sur la terre ferme par temps humide.

Le bon réflexe en trois temps

Ne la relâchez pas, ne la transportez pas vivante, ne l’abandonnez pas au bord de l’eau. Si vous êtes certain de l’espèce, elle doit être éliminée sur place, puis la capture peut être signalée.

Une espèce exotique envahissante aux effets réels

Originaire du sud des États-Unis et du nord du Mexique, l’écrevisse de Louisiane a été introduite en France pour l’élevage et la consommation, puis s’est échappée ou a été lâchée. Elle est aujourd’hui présente dans de nombreux départements, parfois dans presque tous les cours et points d’eau d’un territoire.

Le premier problème est sanitaire. Elle porte l’aphanomycose, aussi appelée peste de l’écrevisse, un champignon microscopique auquel elle résiste mais qui décime nos espèces autochtones. L’écrevisse à pattes blanches, déjà fragile et protégée, peut disparaître d’un ruisseau en très peu de temps après le contact.

Le second problème est physique. L’espèce creuse des terriers dans les berges, ce qui les fragilise et peut entraîner des effondrements, de la turbidité et des dégâts sur les digues et les étangs. Elle se nourrit aussi de végétaux aquatiques, d’œufs d’amphibiens et de petits invertébrés, et bouleverse l’équilibre du milieu naturel. Les pêcheurs la rangent d’ailleurs souvent parmi les espèces nuisibles pour cette raison.

Comment reconnaître l’écrevisse de Louisiane dans la rivière

Gros plan sur une ecrevisse brune posee sur galets

Un adulte mesure en général entre 8 et 12 centimètres. Sa carapace est rouge sombre à brun, parfois presque noire, et les juvéniles sont plutôt gris-brun ou verdâtres. Ses pinces sont longues et étroites, couvertes de petits tubercules rouges vifs, et on observe souvent une bande sombre sur le dessus de l’abdomen.

L’identification compte, car une erreur a des conséquences. L’écrevisse à pattes blanches est plus petite, avec le dessous des pinces clair, et elle vit surtout dans des ruisseaux frais et bien oxygénés. Si vous avez un doute sur l’espèce, prenez une photo, remettez l’animal à l’eau à l’endroit exact où vous l’avez trouvé, et demandez conseil à la fédération départementale de pêche.

Ce que dit la réglementation selon les cas

La règle de base est nationale : l’espèce ne doit pas être introduite dans le milieu naturel ni transportée vivante. Les détails varient ensuite selon les départements, car chaque arrêté préfectoral précise les périodes, les engins autorisés et les conditions de capture.

Si vous pêchez de façon occasionnelle

La pêche de loisir en eau libre suppose un permis de pêche valide et le respect des engins autorisés (balances, verveux, nombre de pièges). Dans la plupart des territoires, les écrevisses exotiques peuvent être capturées de manière plus souple que les espèces autochtones, mais le principe reste le même : ce qui est pêché ne retourne pas à l’eau. Comme beaucoup de règles locales évoluent, vérifiez l’arrêté de votre département avant de poser vos engins.

Si vous trouvez l’animal par hasard

Vous n’êtes pas pêcheur, mais vous tombez sur une écrevisse dans un fossé, un lavoir ou une mare. Ne la ramassez pas pour l’amener ailleurs. Notez le lieu, prenez une photo et signalez l’observation, car ces données aident à suivre la progression de l’espèce, comme on le fait pour une jussie repérée sur les rives.

Si vous voulez la cuisiner

Consommer une écrevisse de Louisiane n’est pas interdit en soi, mais le trajet jusqu’à la cuisine reste encadré. Mieux vaut éliminer l’animal sur place, par exemple en le congelant ou en le plongeant dans l’eau bouillante, puis le rapporter mort. La vente d’espèces vivantes issues de la nature reste, elle, proscrite.

Que faire si vous en trouvez ou en capturez une

Pecheur tenant un poisson argente sur le quai

Voici la marche à suivre, dans l’ordre, pour rester dans les clous.

  1. Vérifiez l’espèce en vous appuyant sur la couleur, les tubercules rouges sur les pinces et la bande sombre sur l’abdomen.
  2. Si c’est bien une écrevisse de Louisiane, ne la relâchez jamais dans la rivière ni ailleurs.
  3. Évitez de la transporter vivante, même sur quelques kilomètres.
  4. Éliminez-la sur place de façon rapide, puis jetez ou consommez-la selon les règles locales.
  5. Nettoyez et séchez votre matériel (bottes, seaux, nasses) avant de changer de cours d’eau, car l’aphanomycose peut se transmettre par l’humidité.
  6. Signalez la capture à la fédération départementale de pêche, à l’Office français de la biodiversité ou à la mairie.

Ces trois interlocuteurs ne se valent pas tout à fait. La fédération connaît les cours d’eau et les arrêtés de votre secteur, l’Office français de la biodiversité intervient en cas d’infraction ou de foyer inquiétant, et la mairie peut relayer l’information quand l’animal apparaît dans un plan d’eau communal ou un fossé.

Le geste de bonne foi, c’est souvent de ne rien faire de plus que ce qui est permis. Une seule écrevisse relâchée par pitié ou déplacée par curiosité peut suffire à contaminer un ruisseau entier, et il n’existe pas de retour en arrière une fois l’espèce installée. Face à une écrevisse de Louisiane, le bon réflexe protège la rivière, vos voisins pêcheurs et vous-même.

Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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