Des couleurs de bonbon acidulé, un corps de la taille d’un doigt et même davantage, et une silhouette qui ne passe pas inaperçue au milieu des feuilles. En Charente, plusieurs habitantes ont récemment fait une rencontre pour le moins surprenante dans leur jardin. Leurs photos ont intrigué bien des curieux, et la réponse à la question qu’elles se posaient tient en trois mots.
Une chenille fluo repérée en Charente : le sphinx tête-de-mort
La chenille photographiée est celle du sphinx tête-de-mort, un grand papillon nocturne de la famille des Sphingidae (nom scientifique : Acherontia atropos). C’est un spécialiste qui a livré ce nom, que l’on aurait préféré moins inquiétant pour une bête qui ne fait de mal à personne.
Les observations viennent de plusieurs communes. À Aunac et à Taponnat-Fleurignac, Camille Grolleau, dans son jardin, et Pascale Jallageas ont chacune photographié une de ces imposantes chenilles. Début août, une autre avait déjà été découverte à Chassors, près de Cognac : plus de dix centimètres, perchée dans un olivier.
Ces rencontres n’ont rien d’une invasion. Elles rappellent surtout qu’une chenille fluo, très voyante, peut cacher un insecte aussi discret une fois adulte que spectaculaire à l’état de larve.
Comment reconnaître la chenille : taille, couleurs et corne recourbée
Pour identifier la chenille du sphinx tête-de-mort, on s’appuie sur quelques repères très nets. Aucun n’est difficile à vérifier, même sans loupe ni connaissances en entomologie.
- Une taille hors norme : elle peut atteindre une douzaine de centimètres, ce qui la place parmi les plus grosses chenilles que l’on puisse croiser dans un jardin.
- Des couleurs vives, qui ont valu à ces chenilles la comparaison avec des bonbons acidulés.
- Une petite corne recourbée à l’arrière du corps, le signe distinctif qui permet de la reconnaître d’un coup d’œil.
Cette corne a de quoi impressionner, mais elle n’a rien d’un dard. Elle fait simplement partie de l’anatomie de la chenille et on la retrouve chez d’autres larves de sphinx. C’est elle qu’il faut chercher en priorité pour trancher entre plusieurs candidates.
Idée reçue : plus une chenille est colorée, plus elle est dangereuse
Ici, c’est l’inverse de ce que l’on imagine. Malgré son allure impressionnante, la chenille du sphinx tête-de-mort est inoffensive pour l’homme. Ce n’est pas une chenille urticante : on peut l’observer de près sans crainte pour sa peau.
Du bonbon acidulé au papillon nocturne : le motif de tête de mort

La chenille ne reste pas chenille. Elle se transformera en un papillon de nuit imposant, que l’on voit plus rarement que sa larve puisqu’il vole une fois la nuit tombée. Il arrive pourtant que des images d’adultes circulent localement, preuve que l’espèce est bien présente dans la région.
Le nom vient du dessin qui orne le thorax du papillon adulte. Ce motif tête de mort évoque un petit crâne, et c’est lui qui a nourri la réputation un peu sinistre de l’espèce. Il n’a pourtant rien de menaçant : il s’agit simplement d’un décor sur le dos de l’insecte.
Le contraste est saisissant. D’un côté, une chenille aux teintes criardes qui se remarque à des mètres. De l’autre, un papillon sombre, plus discret, qui sort au crépuscule et ne laisse voir son crâne qu’à ceux qui le regardent de près.
Inoffensive pour l’homme, mais attention au potager
Côté sécurité, tout va bien : aucune raison de s’inquiéter pour les enfants ou les animaux qui passeraient à proximité. La chenille inoffensive ne pique pas et ne provoque pas de démangeaisons comme le font certaines espèces urticantes.
Pour le jardin, la situation est un peu plus nuancée. La chenille se nourrit notamment de feuilles de pomme de terre, ce qui fait de votre potager un terrain de jeu possible. Les plantes hôtes de l’espèce comptent aussi d’autres plantes de la même famille, dont la tomate, même si la pomme de terre est celle qui ressort des observations locales.
Un spécimen isolé ne ravagera pas vos cultures, mais il a bon appétit. Si vous en repérez une sur vos plants, la déplacer à la main vers un coin de jardin moins précieux reste une option raisonnable. Gardez en tête que son apparition signale simplement que l’espèce fréquente votre secteur.
Un papillon amateur de miel qui visite les ruches
Le régime alimentaire change complètement avec l’âge. Si la chenille mange des feuilles, le papillon adulte est amateur de miel, comme le papillon qui butine comme un colibri. Il va jusqu’à s’introduire dans les ruches pour s’en régaler, ce qui explique que l’espèce soit bien connue des apiculteurs.
Pour qui possède quelques colonies d’abeilles dans son jardin, mieux vaut donc savoir que la visite d’un sphinx tête-de-mort n’est pas anodine. Elle n’a rien d’une catastrophe, mais elle mérite un coup d’œil attentif à l’entrée des ruches en fin de journée.
Que faire si vous croisez la même chenille ?

Le premier réflexe consiste à la photographier, comme l’ont fait les deux Charentaises. Les clichés permettent de confirmer l’identification et, si vous le souhaitez, de les partager auprès de spécialistes ou de naturalistes de votre secteur. Notez le lieu et la plante sur laquelle elle se trouvait : ces détails aident à mieux suivre la présence de l’espèce.
Ensuite, rien ne vous oblige à intervenir. Laissée tranquille, la chenille poursuit son développement et son passage au stade de papillon nocturne se fera sans que vous ayez à vous en mêler. Une belle occasion, finalement, d’observer de près l’un des plus grands insectes de nos jardins.







