Biodiversité

Pourquoi le guépard est classé vulnérable et comment les naissances en zoo aident à sauver l’espèce

Felin couche sur un rocher, petit blotti contre elle

Quatre petites femelles, encore aveugles, blotties contre leur mère dans un espace à l’écart du public. Au zoo de Montpellier, la scène est toute récente : les naissances datent du 12 septembre dernier. Derrière cette bonne nouvelle se cache un enjeu bien plus large, celui d’un félin que l’on croit increvable parce qu’il est le plus rapide du monde, et qui pourtant s’effrite peu à peu.

Pourquoi le guépard est classé vulnérable

Le guépard figure parmi les espèces classées « Vulnérable » sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Concrètement, ce statut signifie que l’espèce est exposée à un risque d’extinction à l’état sauvage si les pressions qui pèsent sur elle se maintiennent. Ce n’est pas encore le stade « en danger », mais c’est un signal d’alerte officiel.

Le classement porte sur l’espèce dans son ensemble. Le zoo de Montpellier parle, lui, du guépard d’Afrique australe, c’est-à-dire la population dont font partie ses pensionnaires. Retenez donc la nuance : le statut vulnérable est celui de l’espèce, et les animaux suivis en Europe en sont des représentants.

Plusieurs menaces expliquent cette fragilité. La perte d’habitat réduit les territoires de chasse, le braconnage et les conflits avec les humains prélèvent des individus, et la faible diversité génétique de l’espèce la rend moins résistante aux aléas. À cela s’ajoute une reproduction délicate : chez le guépard, les naissances ne se décrètent pas, ce qui rend chaque portée précieuse.

Comment les naissances en zoo contribuent à sa conservation

Une naissance en parc zoologique ne remplace pas la protection des savanes. Elle sert un autre objectif : maintenir en bonne santé une population captive qui joue le rôle d’assurance. Pour cela, les établissements ne laissent pas faire le hasard, ils s’organisent à l’échelle européenne.

Le cadre s’appelle le Programme européen pour les espèces menacées, ou EEP. Il est coordonné par l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), et chaque espèce suivie dispose d’un coordinateur. Son rôle ressemble à celui d’un chef d’orchestre : il garde en tête l’ensemble des animaux, leur parenté et leur âge.

Le fonctionnement tient en quelques étapes :

  1. le coordinateur européen analyse la généalogie de toute la population captive ;
  2. il recommande des appariements entre individus peu apparentés ;
  3. les établissements organisent des transferts d’individus pour constituer les couples ;
  4. les jeunes nés sont ensuite replacés selon les besoins du programme.

L’objectif de ce jeu de chaises musicales est de préserver la diversité génétique. Sans ce suivi, des animaux trop proches se reproduiraient, et la population s’appauvrirait génération après génération.

Un couple choisi sur recommandation, pas au hasard

À Montpellier, Bastet a été mise en contact avec le mâle Josh sur conseil du coordinateur européen. Le zoo précise qu’il s’agissait de constituer un couple reproducteur « génétiquement pertinent pour la conservation de l’espèce ». C’est la logique de l’EEP en une phrase : chaque rencontre est pensée.

Les quatre guépardeaux du zoo de Montpellier

Quatre petits guepardeaux tachetes blottis contre leur mere

Les quatre petites sont toutes des femelles. Leur mère, Bastet, est elle-même née au zoo de Montpellier en 2018 : la boucle est bouclée, puisqu’un animal issu du programme contribue à son tour à la génération suivante. Pour les équipes, c’est une belle illustration de ce que peut produire un élevage en captivité bien coordonné.

Les premières semaines sont les plus risquées. Les guépardeaux naissent aveugles et restent très fragiles. Ils évoluent donc dans un espace sécurisé, sous l’oeil attentif de leur mère et des soigneurs, à l’abri des regards. Leur découverte de l’enclos extérieur se fera progressivement, au cours des prochaines semaines.

Cette portée n’est pas un événement isolé. Il s’agit de la huitième portée viable née dans l’établissement depuis 2018. Le zoo héberge aujourd’hui trois femelles, cinq mâles et donc les quatre nouveau-nés. Une régularité qui compte, car, selon le zoo, la population européenne voit ses effectifs diminuer depuis plusieurs années, notamment parce que moins d’établissements participent à la reproduction de l’espèce.

Autre détail : le parc est fermé au public pour travaux jusqu’au second semestre 2028. Cela n’interrompt pas pour autant ses missions de conservation, de recherche et de participation aux programmes internationaux. Les naissances se poursuivent donc à huis clos.

Ce que ces naissances changent, et leurs limites

Pour la population européenne, chaque portée viable est un renfort. Les quatre femelles resteront auprès de leur mère jusqu’à leur émancipation, vers l’âge de deux ans. Leur avenir sera ensuite décidé dans le cadre du programme européen, qui organise les transferts et les reproductions pour préserver la diversité génétique de la population captive. Autrement dit, elles pourront, un jour, partir former d’autres couples ailleurs en Europe.

Il faut pourtant garder les pieds sur terre. Les sources dont on dispose ne parlent pas de réintroduction : ces guépardeaux sont destinés à nourrir le programme européen, pas à repeupler la savane. Une population captive reste une réserve de sécurité, utile si la situation se dégradait, mais elle ne règle ni la perte d’habitat ni le braconnage.

Le message à retenir tient en deux temps. Le guépard est vulnérable parce que ses territoires se réduisent, que les prélèvements continuent et que sa diversité génétique est limitée. Et les naissances en zoo aident, à leur échelle, en gardant vivante une population captive aussi variée que possible, gérée au cas par cas par des spécialistes.

Quant aux quatre petites de Montpellier, elles ont encore tout à apprendre. D’ici là, leur simple arrivée rappelle qu’une espèce vulnérable n’est pas une espèce perdue, à condition que la conservation des espèces reste une affaire de long terme, en parc comme sur le terrain.

Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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