Biodiversité

Vider la mare ou la nettoyer en plein automne peut condamner les grenouilles qui y préparent leur hivernage

Mare couverte de feuilles mortes avec grenouilles au fond

Les feuilles s’accumulent, l’eau fonce, la mare ressemble à un coin négligé du jardin. L’envie de tout vider et de tout récurer avant l’hiver est naturelle. C’est pourtant l’un des pires gestes à faire à cette saison.

La réponse tient en une phrase : en plein automne, ne videz pas et ne curez pas votre mare. Contentez-vous de retirer les feuilles mortes avec un filet, sans toucher au fond, et gardez le grand nettoyage pour la fin d’été ou la fin d’hiver, hors période de gel.

Pourquoi l’automne est une période à risque pour les grenouilles

À l’approche du froid, les amphibiens ralentissent. Leur métabolisme chute, leur cœur bat au ralenti et ils cherchent un abri stable pour passer la mauvaise saison. C’est l’hivernage, une phase où l’animal ne peut plus fuir ni se défendre.

Selon les espèces, le refuge n’est pas le même. Les grenouilles vertes passent souvent l’hiver dans la vase du fond, immobiles, en respirant en partie par la peau. D’autres grenouilles et les crapauds s’enfoncent plutôt à terre, sous des pierres, des souches ou un tas de bois, mais toujours à proximité immédiate de la mare et de ses berges.

Dans les deux cas, un chantier d’automne frappe au mauvais moment. Un curage remue ou retire la vase où dorment les grenouilles. Une vidange les expose à l’air, au froid et aux prédateurs, alors qu’elles sont trop engourdies pour réagir. Même un simple coup de pelle sur les berges peut écraser un crapaud endormi.

Le bon moment pour intervenir sur sa mare

Il existe deux fenêtres plus sûres dans l’année. Elles évitent à la fois l’hibernation et la période de reproduction, qui démarre dès les premiers redoux de fin d’hiver avec les pontes.

Période Intérêt Point de vigilance
Fin d’été (août à septembre) Jeunes amphibiens sortis de l’eau, animaux encore actifs et capables de fuir Ne pas attendre octobre, quand l’hivernage commence
Fin d’hiver (février), hors gel Avant les pontes, végétation encore au repos Surveiller la météo : au premier redoux, les grenouilles se réveillent

Les sources divergent légèrement sur la meilleure des deux dates. La fin d’été est souvent préférée pour les gros travaux, la fin d’hiver pour les retouches légères. Dans tous les cas, mieux vaut observer d’abord ce qui vit dans votre mare avant de sortir les outils.

Nettoyer sans nuire : les gestes à privilégier en automne

Feuilles mortes flottant dans un bassin de jardin

Faut-il pour autant laisser faire ? Pas tout à fait. Un entretien préventif léger reste utile, car une couche épaisse de feuilles qui pourrit au fond consomme de l’oxygène et peut dégrader l’eau pendant l’hiver.

Le geste de référence : passer un filet (ou une épuisette) à la surface pour retirer les feuilles mortes, sans plonger dans le fond. Vous pouvez aussi tendre un filet au-dessus de la mare avant la chute des feuilles, ce qui évite presque tout le travail.

Voici ce qui reste possible sans déranger vos locataires :

  • retirer les feuilles et débris flottants, en laissant les déposer un jour ou deux sur la berge pour que les petites bêtes retournent à l’eau ;
  • couper les tiges sèches des plantes aquatiques en dehors de l’eau, en n’enlevant pas plus d’un tiers du feuillage ;
  • laisser en place pierres, branches et tas de bois autour de la mare, qui servent de refuge à terre ;
  • garder une partie des berges non tondues, avec herbes hautes et feuilles au sol.

Une grenouille dans la vase retirée : que faire ?

Si vous découvrez un amphibien engourdi pendant un travail, ne le jetez pas avec les déchets. Remettez-le immédiatement dans la mare, à l’endroit où vous l’avez trouvé, ou sous un tas de feuilles à l’abri du vent, à quelques mètres de l’eau. Évitez de le manipuler à mains nues et séchées, sa peau est fragile.

Curage, algues et berges : les erreurs à éviter

Le curage est le geste le plus risqué. Il ne se justifie que lorsque la mare est vraiment comblée par la vase, et jamais d’un seul coup. La règle des spécialistes : intervenir par tranches, en ne traitant qu’un tiers de la surface à la fois, et en laissant les autres secteurs intacts. Les animaux disposent ainsi d’un refuge, et la mare se recolonise vite. L’idéal est d’étaler l’opération sur plusieurs années.

Pour les algues, la tentation de tout vider ou de traiter l’eau est forte. Or une mare est un milieu vivant, qui s’équilibre par lui-même. Quelques algues filamenteuses se retirent à la main ou avec un râteau à la fin de l’été. Un excès signale surtout trop de nutriments (feuilles en décomposition, apports d’engrais) ou un manque de plantes aquatiques, capables de concurrencer les algues. Planter davantage au printemps est plus durable qu’un grand nettoyage.

Côté berges, évitez de tout tondre ras ou de les bétonner. Une pente douce, de la terre nue et de la végétation donnent aux amphibiens un accès facile à l’eau et un abri pour l’hiver. Ajoutez un petit tas de pierres ou de bois mort : c’est un refuge précieux pour les crapauds, les orvets et les insectes.

Ce que dit la réglementation

La plupart des grenouilles et crapauds de France sont protégés : il est interdit de les détruire, de les capturer ou de perturber leurs sites de repos. Une vidange totale ou un gros terrassement peut donc poser un problème, y compris dans un jardin privé. Pour une mare de grande taille ou reliée à un cours d’eau, la réglementation sur les milieux aquatiques peut aussi imposer une déclaration. Mieux vaut se renseigner auprès de la mairie ou des services de l’État avant de lancer un chantier important.

Le bon réflexe pour votre mare

Petite mare couverte de feuilles mortes, grenouille au bord

Une mare qui paraît un peu sale à l’automne n’est pas une mare malade : on le voit dans une mare creusée par une adolescente, où un écosystème s’est installé en neuf ans. Elle fait simplement son travail de refuge pour la biodiversité, des libellules aux grenouilles. Retirez les feuilles au filet, laissez le fond tranquille, et programmez les vrais travaux pour la fin de l’été suivant ou pour février, hors gel. Vos grenouilles vous remercieront au printemps, en revenant chanter au bord de l’eau.

Passionnée de biodiversité et amoureuse des animaux, Corinne écrit sur la faune, la flore et les petits gestes qui aident à préserver le vivant. Elle partage ses découvertes, conseils et inspirations pour mieux comprendre et protéger la nature qui nous entoure.

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