Biodiversité

Les lichens sur les troncs racontent la qualité de l’air que vous respirez, apprenez à les lire en balade

Randonneur accroupi observe lichens verts sur tronc

Vous passez devant eux tous les jours sans les voir. Ces taches grises, jaunes ou vertes collées sur l’écorce des arbres sont des lichens, et ils encaissent en continu ce que contient l’air de votre quartier. Il suffit de quelques repères pour lire leur message pendant une simple promenade.

Les lichens, sentinelles de la qualité de l’air : le principe

Un lichen n’est pas une plante. C’est une symbiose entre un champignon et une algue (parfois une cyanobactérie). Le champignon forme le corps, appelé thalle, qui protège et retient l’eau. L’algue, elle, fabrique les sucres grâce à la lumière.

Cette association a un défaut : le lichen n’a ni racines ni cuticule. Il absorbe l’eau de pluie, la rosée et les gaz de l’air directement par toute sa surface. Tout ce qui flotte autour de lui entre donc dans son thalle, polluants compris. C’est ce qui en fait un bioindicateur très utilisé en biosurveillance de la qualité de l’air.

Chaque espèce réagit à sa manière. Les espèces sensibles disparaissent dès que l’air se dégrade. Les espèces tolérantes, elles, s’en accommodent, et certaines profitent même de certains polluants. C’est cette différence qui permet de « lire » un tronc.

Lire un tronc en balade : quels lichens, quelle diversité

La réponse tient en deux observations. Regardez d’abord la diversité lichénique : combien de formes différentes voyez-vous sur le même tronc ? Regardez ensuite la forme du thalle : en croûte, en feuille ou en petit buisson.

Une écorce presque nue ou couverte d’une seule croûte grise signale souvent un air chargé. À l’inverse, un tronc où cohabitent plusieurs formes, avec des lichens en touffes ou en lanières, indique en général un air plus propre.

Ce que vous voyez Type de lichen Ce que cela suggère
Petits buissons ou barbes pendantes, gris-vert Lichens fruticuleux, plutôt sensibles Air globalement peu pollué
Grandes rosettes foliacées, grises ou brunes, bien décollées de l’écorce Lichens foliacés, sensibilité variable Milieu correct, à croiser avec le reste du tronc
Plaques orange vif ou jaune d’or Lichens nitrophiles, tolérants Apports d’azote (ammoniac, dioxyde d’azote)
Poudre verdâtre ou croûte grise très plate Lichens crustacés ou pulvérulents, tolérants Pollution atmosphérique possible, ou simple manque de lumière

Pourquoi l’azote a pris la place du soufre

Pendant des décennies, le dioxyde de soufre a chassé les lichens des villes. Les émissions ayant fortement baissé, beaucoup d’espèces sont revenues. Aujourd’hui, ce sont surtout le dioxyde d’azote (trafic) et l’ammoniac (agriculture, élevage) qui dessinent le paysage lichénique.

Résultat : les lichens jaunes et orange, qui aiment l’azote, prospèrent près des routes et des champs. Quand ils dominent, c’est un signal à noter. Quand des espèces sensibles reviennent, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Le protocole Lichens GO! pour observer et interpréter

Loupe tenue sur tronc couvert de lichens verts

Vous voulez aller plus loin que le coup d’œil ? Le programme Lichens GO!, porté par Vigie-Nature, transforme votre balade en observation participative. Il s’adresse aux débutants : pas besoin de connaître les espèces, seulement des formes et des couleurs faciles à repérer.

Le principe général tient en quelques gestes :

  1. Choisissez un arbre isolé ou d’alignement, de préférence un tronc bien exposé et non traité.
  2. Repérez les lichens présents sur l’écorce, à hauteur d’yeux, et identifiez-les avec la fiche de reconnaissance du programme.
  3. Notez ceux qui sont tolérants à la pollution azotée et ceux qui sont sensibles.
  4. Photographiez le tronc et transmettez vos données via la plateforme dédiée.

Les modalités précises (nombre d’arbres, grille de relevé, espèces à cocher) évoluent selon les versions. Consultez la fiche officielle avant de partir, elle fait foi.

Comparez des arbres de même espèce

Un chêne et un frêne n’accueillent pas les mêmes lichens, car le pH de l’écorce diffère. Pour tirer une conclusion sur l’air, comparez deux troncs de la même essence, par exemple un platane en bord de route et un platane dans un parc.

Exemple de balade commentée

Imaginons un trajet de la gare à un parc. Sur le premier platane, le long de l’avenue, l’écorce est lisse, avec quelques plaques orange et une croûte grise. L’azote du trafic est probablement en cause.

Cent mètres plus loin, dans une rue calme, le même arbre porte déjà trois formes de thalle différentes. Au parc, sur un vieux chêne, vous trouvez de petits buissons gris-vert et une rosette foliacée. La diversité augmente à mesure que vous vous éloignez de la circulation, et vous avez lu la qualité de l’air sans appareil.

Limites de la méthode et précautions sur le terrain

Lichen gris clair couvrant un tronc d'arbre en forêt

Le lichen ne remplace pas une station de mesure. Il résume une exposition sur plusieurs années, pas un pic de pollution de la veille. Il ne dit pas non plus quel polluant précis est en cause, seulement que l’air est plus ou moins favorable.

Plusieurs facteurs brouillent la lecture : l’ombre, l’humidité, l’âge de l’arbre, la nature de l’écorce, l’élagage récent. Un tronc très ombragé peut manquer de lichens sans que l’air soit mauvais. Croisez toujours plusieurs arbres avant de conclure.

Sur le terrain, restez respectueux. Ne grattez pas l’écorce, ne détachez pas de thalle : les lichens poussent très lentement, parfois de quelques millimètres par an. Prenez une photo plutôt qu’un échantillon, et gardez vos distances avec les arbres fragiles ou protégés.

Retenez l’essentiel : plus il y a de formes différentes, dont des espèces sensibles, plus l’air est généralement sain. Prenez l’habitude de lever les yeux vers les troncs lors de vos prochaines sorties, la sentinelle est déjà en place.

Curieuse du vivant depuis toujours, Véronique coordonne la rédaction de Chemins de la Biodiversité. Elle choisit les sujets, relit chaque article et veille à ce que les informations sur la faune, la flore et les milieux naturels soient vérifiées, sourcées et faciles à comprendre pour tous.

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