Biodiversité

Les guêpes de l’automne ont un destin bien précis, voici ce qu’elles deviennent quand le froid s’installe

Guepe immobile posee sur une feuille jaune seche

Fin septembre, octobre : les guêpes qui tournaient autour de votre assiette se font soudain rares. Pourtant, quelques semaines plus tôt, un seul nid pouvait abriter des milliers d’individus. Où sont-ils passés ?

La réponse tient en une phrase : presque toute la colonie meurt avant l’hiver. Seules quelques femelles, bien précises, traversent la mauvaise saison. Et ce sont elles qui feront tout redémarrer au printemps.

Ce qui arrive à la colonie quand l’automne s’installe

Chez les guêpes jaunes et noires, celles que l’on croise le plus souvent autour de nos repas, la colonie ne passe jamais l’hiver au complet. Les journées raccourcissent, et l’automne sépare deux destins : celui des guêpes qui disparaissent avec le nid, et celui de celles qui portent la suite.

Tout se joue à la fin de l’été. Parmi les jeunes guêpes qui se développent dans les alvéoles, une partie sont des mâles et de futures reines. Ils quittent le nid pour l’accouplement. Une fois la fécondation faite, les reines partent chercher un abri pour l’hivernage.

Pendant ce temps, la colonie décline. Les ouvrières meurent, tout comme la reine fondatrice, celle qui avait bâti le nid au printemps. Les mâles, eux non plus, ne survivent pas à l’hiver.

Qui ? Destin à l’approche du froid
Ouvrières Meurent avec le déclin de la colonie
Reine fondatrice Meurt à son tour au fil de l’automne
Mâles Ne survivent pas à l’hiver
Jeunes reines fécondées Trouvent un abri et passent l’hiver

Les jeunes reines : des réserves de graisse pour l’hiver

Ces reines doivent tenir plusieurs mois sans manger. Leur secret se joue dès le stade larvaire : la nourriture apportée par les ouvrières leur permet de constituer des réserves de graisse. Ce stock d’énergie sera leur seule ressource jusqu’au printemps.

Après l’accouplement, chaque reine se cache dans un abri et entre en diapause. Son activité ralentit et son organisme consomme beaucoup moins d’énergie. C’est une sorte de mise en veille, adaptée au froid.

Des chercheurs en Angleterre, dont des scientifiques de l’université du Suffolk, ont voulu le vérifier. Leur étude, publiée en 2023 dans la revue Zoology, s’appuie sur un scanner à rayons X adapté aux insectes. Cet outil reconstitue l’intérieur des guêpes en trois dimensions, sans les disséquer, et permet d’estimer la place que la graisse occupe dans l’abdomen.

Trente guêpes ont été examinées, réparties en trois groupes : dix ouvrières, huit reines capturées avant l’hiver et douze reines capturées au printemps, après l’hivernage. Le résultat est net. Les reines d’avant l’hiver avaient des réserves plus importantes que celles du printemps, qui avaient puisé dedans. Les ouvrières, elles, ne disposaient d’aucun stock comparable : leur vie s’achève avec la colonie.

Idée reçue : la reine retrouve son nid au printemps

C’est faux. Le nid d’été reste vide, et la jeune reine qui a survécu ne revient pas dans celui où elle est née. Elle en construit un nouveau, ailleurs.

Que devient le nid abandonné, et faut-il le retirer ?

Vieux guepier gris vide suspendu sous une branche morte

Une fois la colonie éteinte, le nid reste en place, vide. Les alvéoles qui abritaient les larves ne servent plus à personne. Aucune guêpe n’y reviendra l’année suivante, puisque chaque reine fonde sa propre colonie.

Concrètement, un nid inhabité ne représente plus de danger en hiver : il n’y a plus de colonie à défendre. Le retirer n’empêchera pas non plus de futures reines de s’installer à proximité, car elles ne cherchent pas un nid existant, elles en bâtissent un neuf. Si vous tenez à le déloger, le froid est le bon moment pour le faire sans risque. Mais rien ne vous y oblige.

Gardez simplement en tête qu’une reine en diapause peut se trouver cachée dans un recoin abrité. Elle ne cherche pas la confrontation : elle attend la fin de l’hiver, dans un état très ralenti.

Au printemps, tout recommence : une seule reine fonde la colonie

Quand les beaux jours reviennent, chaque reine survivante sort de son abri. Elle construit un petit nid avec des fibres de bois mâchées, pond dans les alvéoles, puis nourrit seule ses premières larves. Celles-ci deviendront les premières ouvrières, qui agrandiront le nid et prendront le relais.

Ce passage est fragile. Tant que les ouvrières n’existent pas, la survie de la colonie repose sur une seule femelle, comme le montre le cas d’une fondatrice de frelon asiatique en octobre. C’est l’une des raisons qui expliquent les fortes variations du nombre de guêpes d’une année à l’autre.

En 2017, d’autres chercheurs ont croisé des relevés météo avec 39 années de comptages de guêpes en Angleterre et 23 ans de suivis de nids en Nouvelle-Zélande. Leur analyse souligne le rôle du temps au printemps. Le froid et la pluie compliquent la recherche de nourriture, et une reine qui peine à nourrir ses larves risque de voir sa colonie échouer dès le départ.

Autre constat : après une année riche en guêpes, la population tend à moins augmenter, voire à reculer. Plusieurs pistes sont avancées : davantage de concurrence pour la nourriture ou pour les sites de nidification, des maladies qui circulent plus, ou des jeunes reines moins bien pourvues en réserves.

Voilà donc le vrai destin des guêpes de l’automne. Les nids se vident, la colonie s’éteint, mais l’histoire continue ailleurs. Quelque part à l’abri, de jeunes reines fécondées attendent le printemps, chacune porteuse d’un nouveau nid et, avec un peu de chance, d’une nouvelle colonie.

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Auteur en charge des contenus jardiniers chez Chemins de la Biodiversité. Spécialisée dans l'analyse des pratiques de potager biologique et l'accueil de la faune auxiliaire. Privilégie l'approche par l'observation directe et l'expérimentation terrain.

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